La Médecine Traditionnelle Chinoise

 

"Un Yin, un Yang, voilà le Tao" (Grand Commentaire du Yi Jing).

La Médecine Traditionnelle Chinoise est avant tout une médecine taoïste, ce qui veut dire que ses fondements reposent sur le Yin et le Yang. Le Yin et le Yang sont les deux facettes d'une même réalité. Bien qu'à l'origine le Yang désignait la partie ensoleillée d'une montagne et le Yin la partie ombragée, leur signification s'est ensuite développée, affinée, jusqu'à pénétrer toutes les facettes de la tradition chinoise et, en particulier, la médecine traditionnelle. Est Yang ce qui est lumineux, léger, extraverti, chaud, actif, par opposition au Yin qui est sombre, lourd, introverti, froid et passif. Cependant, il ne faut rien voir de définitif ou de statique dans ce qui est classé Yin ou Yang. Car de même que l'ombre et la lumière se déplacent sur les versants de la montagne, de même le Yin et le Yang se succèdent et se transforment l'un dans l'autre. Ce qui peut être défini comme Yang dans une relation donnée sera considéré comme Yin dans une autre. En médecine chinoise, le Souffle(Qi) est Yang par rapport au Sang mais Yin en relation avec l'Esprit (Shen). Pour prendre un autre exemple, la partie gauche du corps (correspondant au côté artériel) est Yang et la partie droite est Yin; mais si l'on est droitier, la main droite (active) est Yang et la main gauche (passive) Yin.

Tout acupuncteur traditionnel est formé à la Médecine Traditionnelle Chinoise et c’est en se fondant sur ses lois qu’il va pouvoir dégager un modèle thérapeutique à partir des informations que lui fournit son patient. Outre le Yin et le Yang ces bases théoriques sont  avant tout les Quatre Examens, les Huit Syndromes et la loi des Cinq Mouvements.

 

Les Quatre Examens (si jian)


La première étape d’une consultation consiste à observer. Si nous prenons le cas d’un traumatisme physique le thérapeute s’applique à voir en quoi le traumatisme (entorse, névralgie…) affecte le patient dans ses mouvements. L’observation de la langue est également une démarche très importante de la consultation car elle va fournir de précieuses indications dans l’orientation du bilan énergétique. Par exemple, une langue très rouge avec un enduit jaune indique un facteur pathogène Chaleur.

La seconde étape consiste à écouter. La façon dont un patient respire, ou encore la manière dont il tousse peuvent être des informations utiles au thérapeute.

La troisième étape, de loin la plus importante, est l’interrogation du patient, non seulement de ce qu’il a à dire au sujet de son affection, de son histoire médicale, mais le praticien de médecine chinoise doit aussi lui poser un certain nombre de questions pour pouvoir élaborer un modèle de dysharmonie énergétique d’après les Huit Syndromes. Il est utile de rappeler ici que la Médecine Traditionnelle Chinoise est avant tout une médecine de terrain et qu’une vision globale de l’être est nécessaire pour comprendre l’apparition d’un symptôme.

La quatrième étape concerne la prise de pouls qui n’a rien à voir avec ce qui se fait en médecine occidentale. Lorsqu’un praticien de médecine chinoise prend le pouls, il cherche à connaître l’état énergétique des cinq organes fondamentaux que sont le Foie, le Cœur, la Rate, le Poumon et le Rein. Ces organes ne se limitent pas aux structures anatomiques de la médecine occidentale mais représentent plutôt de grandes fonctions énergétiques. Les médecins chinois de l’Antiquité ont répertorié  vingt-huit formes de pouls (vide, plein, glissant, rugueux, flottant, profond etc.) qui peuvent être décelés sur les poignets du patient. L’une des raisons avancées pour expliquer l’importance de la prise de pouls dans l’histoire de la Médecine Traditionnelle Chinoise est que les médecins de l’Antiquité, qui étaient des hommes, n’avaient pas le droit d’interroger ni d’ausculter les dames de la cour impériale à l’exception de leurs poignets qu’elles leurs présentaient à travers un rideau ! A notre époque, où les patientes n’hésitent pas à formuler librement leurs problèmes, la prise de pouls a moins d’importance. Il est généralement admis, en ce qui concerne le bilan énergétique, que l’interrogation du patient et l’examen de la langue priment sur la prise de pouls.
 

 

 Les Huit Syndromes (ba gang)


Les huit syndromes sont huit modèles composés de quatre paires de polarité opposée: Yin/Yang, Intérieur/Extérieur, Vide/Plein et Froid/Chaud.

Ce sont les informations acquises lors des Quatre Examens qui vont permettre de dégager un modèle thérapeutique d’après les Huit Syndromes. Par exemple, un patient qui craint le froid, qui présente une langue pâle avec un enduit blanc, un pouls lent, et dont l’affection est améliorée par la chaleur relèvera du syndrome Froid. Inversement, s’il craint la chaleur, présente une langue rouge avec un enduit jaune, un pouls rapide et ressent un soulagement au contact du froid, il présentera un syndrome Chaleur. Nous simplifions ici à l’extrême car il y a, bien sûr, de nombreuses combinaisons possibles. Une maladie dite Externe, comme une grippe, peut très bien relever d'abord du syndrome Froid pour ensuite se transformer en maladie Interne (chronique) et relever du syndrome Chaleur. Une pathologie de type Froid est améliorée par la chaleur (voir la moxibustion) et réciproquement.

La notion de Vide et de Plein est très importante dans la tradition chinoise. Un Vide signifie une carence alors qu’une Plénitude signifie un excès. Là aussi, ce sont les Quatre Examens qui vont permettre de constater le Vide de la Plénitude et indiquer à l’acupuncteur s’il doit, à l’aide de ses aiguilles, effectuer des manipulations tonifiantes (pour combler le Vide) ou dispersante (pour atténuer la Plénitude). Il est cependant courant qu’un patient présente simultanément des signes de Vide et de Plein. Dans le cas d’un Foie envahissant la Rate, le Foie est en Excès et la Rate en Vide. 

 

 

 Les Cinq Mouvements (wu xing)


Il s’agit là d’une loi très importante et très ancienne de la Médecine Traditionnelle Chinoise puisqu’on la retrouve déjà dans le Neijing Su Wen, le plus ancien ouvrage connu dans ce domaine. Ces Cinq Mouvements sont le cycle du Bois, du Feu, de la Terre, du Métal et de l’Eau. L’application la plus connue de ce système concerne le découpage de l’année en cinq saisons lesquelles sont en rapport avec un organe du corps.

Au Bois correspond le Printemps, le Foie, la couleur verte et le son Xu.

Au Feu correspond l’Eté, le Cœur, la couleur rouge et le son Khe.

A la Terre correspond l’Intersaison, la Rate, la couleur jaune et le son Hu.

Au Métal correspond l’Automne, le Poumon, la couleur blanche et le son Si.

A l’Eau correspond l’Hiver, le Rein, la couleur noire et le son Chui.

Ces cinq organes Yin, appelés Zang, ont pour fonction de produire, transformer, réguler et stocker les Substances Fondamentales que sont le Jing (l’Essence), le Qi (l’Energie), le Shen (l’Esprit), le Xue (le Sang) et les Jin Ye (les Fluides). La notion de Shen nous rappelle que pour les chinois, ces organes ne sont pas de simples structures inertes mais de véritables entités viscérales douées d’une certaine forme d’intelligence. Ces cinq organes Yin sont chacun couplé avec un organe Yang, appelé Fu, dont le rôle est d’absorber la nourriture (dont une partie sera transformée en Substance Fondamentale) et de transporter et excréter les parties inutilisées. Ainsi, le Foie est couplé avec la Vésicule Biliaire, le Cœur avec l’Intestin Grêle, la Rate avec l’Estomac, le Poumon avec le Gros Intestin et le Rein avec la Vessie. Il y aurait beaucoup à dire quant aux applications thérapeutiques dérivées de ce système de croyance et je me limiterai ici à l’essentiel.

Les Cinq Mouvements ne représentent pas uniquement des périodes qui se succèdent mais, comme nous l’avons dit précédemment, des fonctions énergétiques qui interagissent entre elles selon différentes lois dont les deux principales sont la loi d’engendrement (cycle sheng) et la loi de contrôle (cycle ke).

D’après la loi d’engendrement, ou loi Mère-Fils, le Bois engendre, soutient et nourrit le Feu; le Feu nourrit la Terre; la Terre nourrit le Métal; le Métal nourrit l’Eau et l’Eau nourrit le Bois.

D’après la loi de contrôle, le Bois contrôle la Terre; la Terre contrôle l’Eau; l’Eau contrôle le Feu; le Feu contrôle le Métal et le Métal contrôle le Bois.

 


 

Application thérapeutique: un patient va consulter un acupuncteur traditionnel et, après avoir établi un bilan énergétique d’après les quatre examens, celui-ci constate un Rein en Vide.

Sachant:

  1. que le Rein appartient au cycle de l’Eau;
  2. que sur chaque méridien d’acupuncture se trouvent cinq points en rapport avec les Cinq Mouvements;


L’Eau étant contrôlée, donc affaiblie, par la Terre (cycle ke) l’acupuncteur traditionnel va, dans un premier temps,  disperser le point Terre sur le méridien de la Rate ainsi que le point Terre sur le méridien du Rein. Ceci pour éviter que l’énergie de la Rate (Terre) qui contrôle l’énergie du Rein (Eau) ne l’affaiblisse encore plus.

Dans un deuxième temps, il va renforcer l’énergie du Rein (Eau) en tonifiant le point Métal sur le méridien du Poumon (Métal) ainsi que le point Métal sur le méridien du Rein puisque dans le cycle sheng, le Métal nourrit et soutient le Rein.

Lorsque l'on tonifie, on choisit de préférence des points situés sur le côté gauche (Yang) du corps et lorsque l'on disperse, sur le côté droit (Yin).

Nous voyons donc que l’Acupuncture traditionnelle, qui est une partie intégrante de la Médecine Traditionnelle Chinoise, est bien plus sérieuse que cette pratique qui consiste à disséminer des petites aiguilles un peu partout (et souvent n’importe où) à la surface du corps.