Acupuncture, médecine de l’âme ?

 Les phénomènes de possession et la médecine chinoise

 

 

Aujourd’hui, l’acupuncture chinoise est bien connue du grand public et nombreuses sont les personnes qui ont pu expérimenter ses bienfaits, tant en ce qui concerne les affections externes (tendinites, lombalgies…) qu’internes (problèmes respiratoires, digestifs…). Ce que peu de gens savent, en revanche, c’est que l’Acupuncture Traditionnelle Chinoise est une véritable médecine de l’âme, car les Chinois ne dissocient pas le corps de l’esprit mais les considèrent comme étant une unité. Plutôt que d’affirmer «je suis en colère», le Chinois dira: «mon foie sort de ses gonds» ! Selon Jean Choain :

"Pour la Médecine Chinoise il existe une intelligence des cellules, et la liaison de toutes ces intelligences a le même support que la liaison matérielle des parties du corps : l'appareil circulatoire, le coeur."

André Faubert ajoute :

"Le corps dit physique plus manifesté est plus yin, le mental moins manifesté est plus yang, mais il s'agit toujours de la même unité énergétique se manifestant différemment."

 

Le Souffle

Pour bien comprendre la tradition de la Chine, il faut savoir ce qu’est le Qi, ou «souffle». Comment expliquer ce phénomène ? La meilleure façon est sans doute d’observer l’idéogramme Qi:

 Le grain de riz éclate sous l’effet de la cuisson qui produit

 le dégagement d’une vapeur laquelle s’élève en s’accumulant.

Dans son ouvrage, Les mouvements du cœur, Claude Larre nous dit:

«Les souffles, en eux-mêmes sans forme, produisent, animent et maintiennent toute forme. Ils tirent force et renouvellement du travail qui s’effectue (grâce à eux) sur les substances transformables. Par les souffles, tout se fait.»

Cet éminent sinologue ajoute que ce n’est pas la quantité des souffles qui fait la santé, mais leur harmonieuse distribution là où ils sont attendus.

Le Qi est donc cette énergie invisible qui pénètre tout l’univers et permet à la vie de se mouvoir et de se transformer, continuellement. La spirale est la voie que suit le Qi dans ses mouvements. Lorsque ce mouvement des souffles dans le corps est obstrué, la maladie apparaît. Le rôle de l’acupuncteur consistera alors, à l’aide de ses aiguilles, à défaire les nœuds pour rétablir la circulation harmonieuse du Qi. Le même auteur nous dit, concernant l’acupuncteur:

«Sa main se dirige d’elle-même vers les «lieux» du corps où, dans le croisement des souffles, s’enracinent les Esprits.»

L’aiguille s’enfonce à la rencontre des souffles d’un patient dont l’équilibre a été perturbé. L’acupuncteur, usant de toute sa science et de son habileté, va alors chasser les souffles pervers, désobstruer les blocages, et fluidifier la circulation de l’énergie là où elle était nouée. Grâce à la vitalité de son esprit et de ses propres souffles, le thérapeute va aider son patient à reprendre possession de lui-même. L’acupuncteur, cela va de soi, devra être un pratiquant de Qi Gong ou de Taiji Quan pour pouvoir offrir un soin de qualité à son patient.

 

Acupuncture ou exorcisme ?

Après tout ce qui a été dit précédemment, nous pouvons sans difficultés comprendre que l’action de l’acupuncture va bien au-delà de la simple tendinite ou névralgie. Du reste, les Classiques de la médecine chinoise abondent en informations concernant l’action des aiguilles sur le psychisme. Par exemple, il est dit du point Shen men («la porte de l’Esprit») qu’il agit, outre les symptômes physiques, sur l’inquiétude, l’angoisse, la folie, la dépression, la perte de mémoire, l’agitation, l’hébétude, la terreur etc. En gros, ce point a pour effet de calmer et recentrer le Shen, l’Esprit.

Il y a quelques années, lors d'un séjour dans la Sierra Nevada, en Espagne, je rencontrais un homme d'origine hollandaise en pleine dépression nerveuse qui était en arrêt de travail depuis trois mois. Il m'expliqua qu'il avait dirigé durant plusieurs années une importante société de statistique dans son pays et que la charge de travail qu'il avait accumulé l'avait conduit à cette dépression. Apprenant que je pratiquais l'acupuncture, il sollicita une consultation. Parmi les points que je sélectionnais se trouvait justement Shen men, la "porte de l'Esprit." Lorsque je revis mon patient le lendemain, il me remercia chaleureusement pour mon intervention et ajouta : "depuis le début de ma dépression, il y a trois mois,  j'ai pour la première fois le sentiment d'être redevenu moi-même !" En fait, il avait retrouvé ses Esprits !

Ce point (xue) que nous avons choisi est certes l’un des grands points «psychiques» de l’Acupuncture Traditionnelle. Mais de très nombreux points ont une fonction similaire. Quand on sait que les médecins occidentaux sont eux aussi de plus en plus nombreux à croire à une origine psychosomatique de certaines maladies, les indications contenues dans les Classiques chinois des siècles passés font figure de pionnières.

Cependant, la lecture attentive des Classiques de l’Empire du Milieu nous offre bien plus que de simples remèdes psychologiques. Ainsi, à propos du point Shui fen, le Zhen jiu ju ying nous dit qu’il traite, entre autres, «l’attaque par les gui». Le même Classique prétend que le point Jian shi est efficace contre le «pervers des gui». Mais que sont les gui ?

 

Les gui

 Pour comprendre ce que sont les gui (prononcer «koueï»), le mieux est de se tourner vers le Dictionnaire français de la langue chinoise de l’Institut Ricci, au caractère concerné n° 2832:

  1. Ame sensitive (désincarnée, après la mort); mânes des morts; fantôme; revenant; spectre.
  2. Esprit insatisfait (nocif si on ne l’apaise pas); génie; esprit mauvais; démon; diable. Diabolique; démoniaque.
  3. Influence occulte néfaste. Pernicieux sournois; perfide.
  4. Malin; rusé; roublard; malicieux.

La langue chinoise fourmille d’expressions avec le mot gui en référence a des situations ou des personnages pas clairs. Un être diabolique, fourbe, sournois est appelé «gui gui sui sui», un feu follet «gui huo» (littéralement: «esprit feu»), un racontar «gui hua», mais le premier sens du mot gui est «revenant», «fantôme». D’ailleurs, la sorcellerie se dit en chinois «gui tao», la voie des gui ! Quand on sait la peur viscérale que les Chinois éprouvent depuis l’aube de leur civilisation pour les revenants on ne sera pas étonné de trouver, dans les ouvrages d’acupuncture, des points concernant les pathologies liées aux gui.

Selon Jacques Lavier, l’origine même de cette médecine remonterait à la croyance ancestrale selon laquelle les maladies sont causées par des esprits malfaisants qui iraient se loger (aujourd’hui on dirait «squatter») dans des endroits bien particulier du corps humain. Le nom chinois désignant un point d’acupuncture n’est-il pas xue, terme qui signifie aussi: «grotte», «trou», «terrier» ?

Donc la légende raconte qu’un chasseur aurait été accidentellement blessé au pied par la pointe d'une flèche. Il alla consulter le médecin du village, qui était aussi chaman, pour qu’il lui retire le morceau inséré dans son pied et le panse avec des herbes pour prévenir une hémorragie. Une fois le soin terminé, le malade se lève, marche, puis se met à faire des bonds et à gambader joyeusement, le sourire aux lèvres. Face à l’étonnement de son guérisseur, il explique:

«Je crois que cette flèche devait être une arme magique, car elle a bel et bien tué un Koueï qui s’était installé dans ma jambe et me tourmentait. J’avais depuis plusieurs jours une douleur aiguë qui s’étendait depuis les reins jusqu’à la région de ma blessure, et qui me rendait tout mouvement extrêmement pénible. Il a cependant fallu que j’aille à la chasse, car nous n’avions plus de viande, et ce me fut un véritable supplice. Je bénis celui qui m’envoya accidentellement cette flèche, car il a fait une victime de choix en exécutant ce démon. Je ne ressens plus du tout cette violente douleur qui m’était intolérable.»

Ainsi serait née l’acupuncture chinoise.

Pour ma part, cette belle histoire ne sera toujours qu’une légende populaire. Quoique séduisante par certains côtés, je ne peux pas croire qu’une médecine aussi complexe et précise ait été élaborée de façon empirique à partir d’un accident. Ce que je crois, c’est que dans les temps anciens, et pas seulement en Chine, les êtres humains avaient un psychisme beaucoup plus développé qu’aujourd’hui et que les sages taoïstes qui ont découvert l’acupuncture voyaient littéralement le réseau des lignes de force qui parcourent le corps ainsi que les points, ou «terriers», dans lesquels le souffle s’écoule pour, parfois, stagner.

 

Guérisseurs de campagne

On m'a ainsi rapporté le cas d'une femme, agricultrice dans la région de Rennes, qui souffrait d'une douleur très vive à la main droite contre laquelle elle avait tout essayé, en vain. Sur le conseil d'une amie elle alla consulter un guérisseur de campagne qui pourrait, le cas échéant, la soulager. En observant sa main ce guérisseur "vit", à l'intérieur de celle-ci, quelque chose qui avait l'apparence d'un vers. Il fit une passe magnétique au-dessus de cette "chose" (un gui ?) et l'intrus disparut aussitôt. La patiente se sentit alors soulagée et sa douleur se dissipa pour ne plus jamais revenir.

Dans un entretien publié en 1995 dans la revue Terre du Ciel la guérisseuse Edith Acédo, née en Berry, explique:

"J'ai toujours vu l'intérieur du corps humain... je vois très clairement le corps humain, comme le scanner du médecin. La preuve en est que depuis vingt-cinq ans que j'exerce, chaque fois que j'ai vu, décrit, dit quelque chose, les examens médicaux qui ont suivi, même très poussé, ont toujours exprimé la même chose... Et puis il y a ce que j'essaie de faire de mon mieux, c'est-à-dire par des moyens qui sont les miens: faire fonctionner, circuler l'énergie. Il s'agit de faire circuler cette énergie de manière plus homogène, plus harmonieuse, pour donner ce que j'appelle un nouvel oxygène à la personne."

Un autre témoignage très intéressant est celui de Francis Prade, guérisseur de campagne qui finira par se former à l'acupuncture suite aux  nombreuses visions qu'il eut durant son enfance. Dans son autobiographie, Urutaki, il raconte certaines de ces visions assez surprenantes :

"Mais le vieux Gentil m'avait marqué et j'approfondissais cette étude de la géographie du corps qui me donnait une philosophie toute particulière qui s'éclaircissait de plus en plus en moi. Je découvrais ainsi de nombreux canaux relié aux organes de la tête. J'en étais arrivé à ce point que je ne pouvais voir quelqu'un sans chercher à percer le mystère dans les canaux qui irradiaient son corps. Mais je faisais seulement un lien avec le caractère de la personne et je ne soupçonnais pas tout le reste. J'étais intéressé par ces courants aux couleurs multiples qui déversaient dans la tête où ailleurs leurs faisceaux lumineux...

J'observais et je me rendis compte bientôt que ce corps sillonné  de courants manifestait la vie en lui et que la vie savait tout." (Francis Prade, Urutaki, éditions Servranx, 1998, pp. 66-7)

 D'une certaine façon ces témoignages issus des campagnes françaises, où pratiquent encore des guérisseurs traditionnels, viennent corroborer ce que la Tradition Chinoise affirme depuis des millénaires. Pourquoi s'en étonner quand on sait que l'empereur Shen Nong, auteur du premier traité de phytothérapie, "aimait à se promener, à parcourir les bois et les forêts, à gravir les montagnes, à se baigner dans les lacs ou à recevoir sur sa tête l'eau pure d'une cascade. Ces promenades n'étaient pas simplement "romantiques" : elles avaient comme fonction, nous dit-il, de le mettre en contact étroit avec la Nature et de lui faire comprendre l'essence divine qui se cache derrière les apparences. Ainsi pouvait-il comprendre la nature et la fonction profondes de tous les êtres vivants, animaux et plantes sans oublier les minéraux qui ont aussi une vie à leur façon." ( M. Angles, S. Darakchan, Les remèdes naturels, éditions du Rouergue, Rodez, 1995, p. 25).

Quant aux gui, véritables intrus qui, de temps à autre, perturbent le réseau des énergies, ils étaient également visibles aux sages taoïstes de même que certains étudiants et maîtres de Taiji Quan sont capables de les voir aujourd’hui. D’ailleurs, le Taiji Quan n’est-il pas appelé parfois «la boxe des gui»?!!!

 

Explication psychologique

Mais de nos jours, cela ne fait pas très sérieux de croire aux démons, aux revenants et à toute ces superstitions qui nous viennent de la nuit des temps. Si l’on souhaite que l’acupuncture soit mieux reconnue ne serait-il pas souhaitable de trouver une définition plus élaborée pour expliquer les gui ? Dans son ouvrage sur la psychologie dans la médecine chinoise, l’acupuncteur traditionnel Daniel Laurent associe les gui (Koueï) à des «clichés», des images mentales porteuses de mémoire qui

«se branchent de façon quasi permanente dans un circuit corporel et se comportent comme une entité indépendante possédant une force de commandement compulsive tant sur le plan somatique que comportemental.»

Un peu plus loin il précise:

«En effet, ces clichés agissent comme des suggestions positives telles qu’on les expérimente en hypnose, mais plus puissantes car il s’y trouve de la douleur. Si l’un de ces clichés est réactivé par l’environnement (ce qui devient stress pour l’individu concerné), il se branche plus ou moins en permanence, dictant un comportement particulier pour l’individu. Ce cliché réactivé -- pendant toute la période d’action -- devient un Koueï. La psychanalyse qui essaie de faire revenir à la conscience des incidents inconscients est une tentative psychothérapeutique de libérer les Koueï. C’est malheureusement en général un échec, car la psychanalyse s’arrête à la mise en évidence des incidents ayant re-stimulé la force de commandement compulsive d’un Koueï (ou d’une chaîne de Koueï). Mais tant que le Koueï lui-même n’a pas été effacé, c’est-à-dire réintégré, reclassé correctement et consciemment (…), le Koueï demeure et il ne peut y avoir au mieux après ce type de traitement, qu’une amélioration passagère.»

Ceux qui ne sauraient se contenter d’une explication magique concernant les phénomènes de possession apprécieront sûrement ce raisonnement plus «rationnel».

 

Les 13 points gui

Traditionnellement, il y a treize points gui sur le corps humain qui, selon certains auteurs, seraient les treize points originaux de l’acupuncture. C’est le médecin taoïste Sun Simiao (581-682), alchimiste de surcroît qui, dans son Qianjing fang (Prescriptions valant mille once d’or), écrivit une Ode pour la piqûre des treize points gui. Voici ces points (nous donnons également leur nom usuel):

  1. Palais des gui (gui gong); Ren zhong (VG 26)
  2. Persuasion des gui (gui xin); Chao shang (P 11)
  3. Forteresse des gui (gui lei); Yin bai (RP 1)
  4. Cœur des gui (gui xiu); Da ling (MC 7)
  5. Chemin des gui (gui lu); Shen mai (V6)
  6. Oreiller des gui (gui zhen); Feng fu (VG 16)
  7. Lit des gui (gui chuang); Jia che (E 6)v
  8. Marché des gui (gui shi); Cheng jiang (VC 24)
  9. Caverne des gui (gui ku); Lao gong (MC 8)
  10. Hall des gui (gui tang); Shang xing (VG 23)
  11. Cache des gui (gui cang); Hui yin (VC 1)
  12. Fonctionnaire des gui (gui chen); Qu chi (GI 11)
  13. Sceau des gui (gui feng); Hai quan (sous le frein de la langue)

gui 

Précisons qu’il faut puncturer ces points dans l’ordre où ils ont été donnés, et selon Daniel Laurent il faut les piquer «rapidement, superficiellement et brièvement, sans laisser l’aiguille».

 

Les Sept Dragons

Il existe aussi d’autres méthodes «d’ exorcisme» par acupuncture comme la technique des Sept Dragons.  Voici ce que dit le professeur Jack Worsley (cité par Daniel Laurent) :

"La technique... consiste à libérer "sept dragons" qui vont "manger" les Koueï (gui) qui se trouvent chez le sujet. Il faut donc piquer les points qui correspondent aux dragons, et de ce fait les dragons libérés vont courir à l'intérieur du corps à la recherche des Koueï. Les dragons ne sont libérés que lorsque les sept aiguilles sont posées. Tout se passe comme si nous mettions à leur place respective les sept boutons d'ouverture d'un coffre-fort."

Si le patient a la sensation d’être possédé de l’intérieur, on utilisera la technique des Sept Dragons internes, ou bien les Sept Dragons externes si il sent quelque chose rôder autour de lui. Ce rituel, qui nécessite une préparation intérieure du praticien, a donc pour objectif de "réveiller" les Sept Dragons pour qu'ils dévorent les gui. Ceux qui utilisent cette technique préviennent cependant qu'une entité, un gui, peut entrer dans le praticien durant le traitement :

"Un praticien qui entreprit un traitement sur les gui fit deux rêves dans lesquels il était attaqué par la même entité, la première fois dans la salle de consultation et la deuxième fois dans sa propre chambre. Après le deuxième rêve il ressentit un changement énergétique avec une sensation étrange dans le haut du dos. En fait, l'entité était entrée en lui au niveau des points Da shu." 

Ce témoignage vient confirmer la nécessité pour un acupuncteur traditionnel de s'investir dans des pratiques de Qi Gong de façon à maintenir une bonne hygiène énergétique. Lors d'un traitement avec les Sept Dragons il peut arriver que les Dragons ne se manifestent pas ou pire... qu'ils se fassent dévorer par les gui.

 

Origines chamaniques

L’Acupuncture Traditionnelle Chinoise serait donc, dans certains cas, une forme d’exorcisme destiné à chasser de l’organisme des hôtes indésirables. Celà nous renvoie aux origines chamaniques de ces pratiques. Dans son Dictionnaire de Médecine Chinoise publié chez Larousse Hiria Ottino écrit (p. 83) :

"A l'origine, comme partout ailleurs, la médecine ressortait de la magie (...) et l'art médical fut longtemps l'affaire de magiciens-sorciers. En écrivant sans ses Entretiens que "sans persévérance, on ne peut être médecin-sorcier (ou médecin-magicien)", Confucius rappelle que l'une de ces spécialités n'allait pas sans l'autre: les traitements proprement médicaux s'acccompagnaient à son époque de rituels magiques (...) destinés à chasser ou à protéger de ce qui était considéré comme du mal - le même mot "xie"  sert à exprimer des idées comme "mal", "diabolique" ou "pathogène"."

 Cependant, il ne faut pas confondre les techniques évoquées ci-dessus avec le grand exorcisme taoïste utilisé dans les cas de possession démoniaque et dont on trouvera un exemple saisissant dans le livre de Peter Goullart, Le monastère de la montagne de jade.

 

Le Grand Acupuncteur

Quelle meilleure façon pour conclure cet article que cet extrait des Mouvements du cœur ?:

"Le Grand acupuncteur est un artiste et un savant au cœur généreux. La Tradition l’a initié au mystère et il se tient devant la porte de toutes les merveilles. Sa main se dirige d’elle-même vers les « lieux » du corps où, dans le croisement des souffles, s’enracinent les Esprits. Habile et secourable, cette main est toute abandonnée à l’inspiration des Esprits qui se tiennent à demeure dans l’Acupuncteur. Sa science est monumentale, sa dextérité toute en souplesse, son toucher est d’un musicien aveugle, son cœur s’enlève d’un élan magnanime. Les mouvements de l’aiguille en reçoivent leur qualité.

Elle s’enfonce à la rencontre des souffles d’un patient dont on a reconnu la condition et la présentation immédiate. Ses essences sont, plus ou moins, désertées par les Esprits. Elles sont affectées par les déséquilibres du sang et du souffle. Par l’effet d’attaques externes, prolongées en atteintes internes, par une déficience de l’intime, ou par un accès, le réveil d’un mal rampant, des souffles, dits en excès ou en insuffisance, ont tendance à s’installer et à créer une situation pathologique. Mais tout n’est pas perdu.

L’Acupuncteur vous aidera à sortir, et par vous-même, de votre mal. Il vous assistera en allant « interroger le nid, questionner le souffle ». Il parviendra aux enracinements de la vie, là où, à tout instant, arrive « le vierge, le vivace ».

L’Acupuncteur, d’une main rendue acérée et précise par la tenue des aiguilles qu’il sélectionne comme un peintre choisit ses divers pinceaux, se laisse guider par ses propres Esprits. Il sollicite le Ciel/Terre aux nœuds où la vie naît de leurs influx croisés. Alors sont chassés les souffles pervers, dont toute l’ambition est de pervertir plus avant. Les souffles réguliers, orthodoxes, se laissent rameuter; les essences ébranlées et prêtes à quitter se ressaisissent. Les Esprits qui s’en étaient allés retournent.

Le patient oublie qu’il a été malade. Il baigne maintenant dans la douce chaleur et la lumière. La vivacité jaillit et elle s’épanche. L’ homme redevenu sain a le visage détendu, les traits reposés, la mine réjouie; la démarche est alerte, le geste est prompt mais sait se retenir; l’esprit est rapide et composé, le propos est censé et ouvert, la volonté prête à tout. Par la radiance de ses Esprits est rendue manifeste la rénovation d’un vivant."

 

Bibliographie